Tout le monde en convient, ce n’est pas très intéressant de vieillir. Cependant, il est raisonnable de penser que chacun espère vivre le plus longtemps possible.
Le vieillissement, on ne peut certes pas l’arrêter, mais si on travaillait à le réussir? Vivre vieux, mais surtout vivre mieux. Alors, si on apprenait à vieillir? Comme on apprend à devenir un ado moins complexé, un adulte fier de ses réussites, une personne utile et agréable, pourquoi ne pas apprendre à devenir un «vieux» heureux?
On vieillit jeune! Déjà à 30 ans, on note un ralentissement du développement musculaire, puis un fléchissement des fonctions biologiques et ensuite une limitation des capacités mentales. Petit à petit, l’escalier devient un ennemi, le village un labyrinthe où se perdre facilement et les mots un casse-tête à assembler. On vieillit à chaque année, surtout à chaque dizaine. On vieillit à chaque jour, à chaque instant dès le berceau.
On vieillit mal! Sans trop y prendre garde, on néglige son alimentation. On évite de se fatiguer et de faire un peu d’activités physiques. On court tout le temps après le temps et on néglige de perdre du temps avec ceux qu’on aime. Certains jeunes adultes sont déjà vieux dans leur corps et dans leur tête. Allons, il faut faire bouger ses neurones et ses articulations. Abandonner ses pantoufles au salon, chausser ses espadrilles quelle que soit la saison. Pourquoi ne pas se faire offrir des haltères par ses enfants et des jeux de stratégie par les petits-enfants?
On vieillit mieux! Surtout lorsque l’on se sent utile et que l’on se sait entouré. Lorsque l’on choisit de «rester dans la parade» et non simplement de la regarder passer. On vieillit sagement lorsque l’on décide d’utiliser ce temps de récréation comme un temps de re-création où on élimine les tâches inutiles pour aller à l’essentiel.
On vieillit longtemps! Surtout lorsque le lendemain nous interpelle et que les actions d’hier peuvent encore nous étonner. L’âge nous retire le temps mais nous fait cadeau du présent. À moins de souscrire à une thèse d’immortalité, il faut bien envisager pour un jour la vie éternelle. Mais le ciel n’est pas une urgence pour celui pour qui vieillir longtemps est un cadeau inestimable.
J’aurai bientôt l’âge de recevoir ma pension de vieillesse. Les yeux des autres seront sûrement incrédules et inquiets! Mais je veux continuer à étonner mes petits-enfants et être encore le grand-papa tannant qu’ils souhaitent. Prendre le temps de les regarder vieillir, eux qui grandissent si rapidement passant des couches à la maternelle en un rien de temps.
Apprendre à vieillir: apprendre l’émerveillement, apprendre l’espérance; apprendre la «récréation» et la «re-création»; apprendre la disponibilité et le bénévolat; apprendre à voyager et à jouer au papi; apprendre le golf, le bridge, la cuisine ou l’espagnol. Il n’est jamais ni trop tôt ni trop tard pour apprendre à vieillir!
Claude Pelletier
Apprendre à vieillir
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