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Restauration du parc Morgan

Bien plus qu’une chicane de clôture

Article mis en ligne le 20 octobre 2009 à 8:00
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Restauration du parc Morgan
Bien plus qu’une chicane de clôture
Quand Carl Bégin et ses collègues d’une école secondaire des Laurentides venaient assister à une pièce au théâtre Denise-Pelletier, l’autobus les laissait juste à l’entrée du parc Morgan. Maintenant résident du quartier, ce père de famille n’ose plus emmener ses enfants dans ce parc autrefois magnifique dont l’état actuel le désole. Membre fondateur du groupe les Amis du parc Morgan, dont l’objectif était de faire réinstaller la clôture d’enceinte du parc, son implication a pris fin lorsqu’une enquête a révélé que l’œuvre en fer forgé avait été égarée. Ce citoyen engagé revient toutefois à l’avant-scène cet automne, troquant cette fois son habit d’ingénieur civil pour celui de politicien, puisqu’il se présente aux élections municipales pour le parti Projet Montréal. Et fidèle à son combat, il fait de la restauration du parc Morgan l’un de ses engagements électoraux.
« Ce qu’il faut comprendre au sujet du parc Morgan, c’est qu’il s’agit d’un ensemble urbain d’une très grande valeur patrimoniale, que les élus n’ont jamais voulu reconnaître. Lorsqu’ils ont retiré la clôture de fer forgé, cela s’est fait sans plan. Je croyais même au départ que c’était pour la nettoyer qu’on l’avait enlevée. Elle était défraîchie et je me suis dit qu’on allait la repeindre. Mais alors que je me promenais dans le parc, j’ai remarqué que les poteaux avaient été découpés au chalumeau, plutôt que dévissés. Or, c’était une clôture artisanale, rivetée à la main, presque sans soudure. J’ai fait à l’époque des demandes d’information pour savoir qui avait donné l’ordre, mais il a été très difficile de le savoir.

Ce que j’ai appris, c’est qu’il y a eu trois appuis majeurs au retrait de la clôture du parc Morgan. Le poste de police, tout d’abord, qui soutenait que le retrait de la clôture n’allait pas causer de problèmes de sécurité. Pourtant, depuis qu’elle a été retirée, les gens en provenance du parc traversent la rue n’importe où et risquent de se faire frapper. Avant, ils sortaient par l’une des quatre entrées du parc et traversaient à cet endroit. Un deuxième appui venait des Loisirs St-Clément, où l’on disait que le parc était un peu fermé sur la communauté et que ça limitait la capacité de créer de l’animation. Finalement, la lettre a été signée par Mme Harel, qui s’est rétractée par la suite en habile politicienne. Elle reprenait un peu les arguments des autres signataires de la lettre en disant que ça allait améliorer l’animation dans le parc. Mais pourtant, la clôture est retirée et il y a encore moins d’animation: c’est la désolation.

Ce qui m’a le plus choqué, c’est qu’il n’y ait en apparence aucun plan d’action derrière cette mesure. Quand on pose un geste comme celui-là, il faut réfléchir, planifier un suivi! Prenons l’exemple du kiosque à musique. Il a été restauré il y a 10 ans, mais le bois est déjà pourri, le toit coule. Il ne suffit pas de le restaurer: il faut l’entretenir après. Dans les derniers mois, le geste le plus significatif que l’on a posé a été d’enlever l’affreux bloc de béton qui servait deux semaines par année à planter un sapin de Noël. Un geste opportuniste, justifié par le contexte électoral et nettement insuffisant.
Des amis qui n’ont pas dit leur dernier mot
Je trouve dommage que Réal Ménard n’invoque pas les Amis du parc Morgan lorsqu’il parle de prendre des engagements concrets (Voir notre article Ménard et Morgan), parce que nous avions fait nos devoirs, nous avions réfléchi. On avait même trouvé un conciliateur en la personne de Paul Labonne, de l’atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve, qui était prêt à faire un travail d’arbitrage pour rapprocher les parties.
Nous avions à l’époque deux revendications, qui sont toujours d’actualité. La première était de protéger ce parc en le déclarant officiellement bien patrimonial, puisque son statut implicite ne semble pas suffisant. En ce moment, seul le kiosque à musique possède ce statut. Or, ce que je voudrais, c’est que tout l’ensemble urbain − le kiosque, la clôture, la perspective – soit cité. Dans les environs, on voit la caserne Létourneux, d’inspiration Frank Lloyd Wright, la mosaïque du marché Métro, conservée lors des rénovations et qui est l’une des premières œuvres d’art public au Canada, la perspective sur le boulevard Morgan… il y a de l’histoire de l’architecture ici, sur un coin de rue, quelque chose d’unique au Québec.

Pour toutes ces raisons, le parc Morgan doit être nommé bien patrimonial. Il serait alors protégé par la Loi sur les biens culturels, qui inclut maintenant les paysages dans la notion de patrimoine. Nous aurions alors un cadre législatif pour protéger ce parc et pour le bonifier.

Notre deuxième demande était de réinstaller la clôture, bien entendu. Et j’ajouterais aujourd’hui une troisième requête, qui serait d’enclencher une concertation avec citoyens, élus, fonctionnaires, spécialistes et commerçants afin de voir comment aménager ce parc pour qu’il soit vivant, animé et fonctionnel en toutes saison. Qu’on ouvre le kiosque, qu’on l’électrifie pour qu’il puisse être utilisé toute l’année. Toutes ces revendications sont inscrites dans la plateforme électorale de Projet Montréal et pour moi, ce sont des priorités.
Rebâtir le parc Morgan… en respectant son histoire
Mon objectif n’est surtout pas que le parc Morgan reste figé. Un parc, c’est dynamique: un jardin se transforme avec les saisons, avec le temps, on y ajoute des jeux et du mobilier. De plus, les commerçants ont droit à leur opinion et je pense que les tensions du temps des Amis du parc Morgan se sont peu à peu dissipées et qu’il serait tout à fait possible de collaborer dans l’intérêt du parc.
Pour le moment toutefois, je ne viens plus au parc Morgan. Je suis blessé quand je viens ici. Quand j’ai vu les traces de coupures au chalumeau, je me suis senti dépossédé de mon bien collectif, de ma mémoire et de mon histoire. Le plus désolant pour moi, c’est le manque de sensibilité, de vision et de cohérence, de perspective historique et la logique décisionnelle qui a amené les représentants du peuple à poser ces gestes-là. Regardez ce qui se passe avec le Mont-Royal, même s’il est patrimoine historique et naturel, le premier au Québec, nous sommes en train de le gruger bout par bout! C’est impensable qu’une telle attitude soit tolérée À New York, va-t-on construire dans Central Park? Tous ces espaces sont des joyaux collectifs, qu’il faut à tout prix préserver. »

Propos recueillis par Ariane Aubin

Lien pour la journaliste Ariane Aubin : raymondviger.wordpress.com

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Raymond Viger

Commentaire mis en ligne le 15 novembre 2009
La clotûre est importante pour l'obtention d'un permis pour réaliser un événement dans un parc. Quand on fait la demande de permis, les organisateurs sont responsables de contrôler les entrées dans le parc. Comment le faire s'il n'y a pas de clôtures? Quand on y organisait l'Halloween, comment garder le contrôles des milliers de jeunes qui voulaient entrer dans le parc s'il n'y a pas de clôtures?


raymondviger.wordpress.com

Commentaire mis en ligne le 25 octobre 2009
La clôture n'est pas disparue. Elle a été démantelée sauvagement, puis volée, sur ordre de l'administration sortante, sans plan pour la suite des choses. Le parc Morgan était un parc ouvert sur la communauté; il possédait 4 entrées en façade de la rue Sainte-Catherine.
Dans le quartier, le parc Ovila-Pelletier, pourtant restauré récemment (je cherche la date), est clôturé.

Jules Leblanc

Commentaire mis en ligne le 21 octobre 2009
D'accord pour la préservation et la mise en valeur du parc. Mais je suis tellement content que cette clôture soit disparue... On ne clôture plus les parcs en 2009. On doit les ouvrir. Moi je fréquente le parc depuis que je me sens libre d'y entrer et d'en sortir. Cette fameuse clôture avait beau être patrimoniale. Elle était laide, mal entretenue et donnait le sentiment d'une cour de prison. Bravo pour sa disparition. Cela dit, je pense que le parc est un des plus beaux endroits du quartier et qu'il mérite toute l'attention de nos élus ET citoyens.

Gilbert Dion

Commentaire mis en ligne le 21 octobre 2009
Dommage que l'article n'ait pas été publié intégralement dans la version papier livrée à tous les domiciles de H.-M. J'en aurais même fait la une!

L'ensemble constitué du parc Morgan, du marché Maisonneuve et de l'avenue Morgan qui les relie doivent absolument être préservés et mis en valeur! Abandonner (pour ne pas dire saccager) ces témoins de l'histoire, c'est amputer le quartier d'une part importante de son identité.

J'ajoute ma voix à celles qui dénoncent l'incurie des élus municipaux. Hochelaga-Maisonneuve, ce n'est pas seulement un terreau négligé où faire pousser des condos. Depuis qu'il a été constitué en arrondissement dirigé par une clique de roitelets, le quartier historique s'est dégradé de manière ostensible. Citoyens, le ménage à faire n'est pas seulement dans les ruelles et les parcs!

André Sirois

Commentaire mis en ligne le 21 octobre 2009
Cette entrevue, à elle seule, constitue une excellente raison pour voter pour M. Bégin. Voilà quelqu'un qui sait ce que c'est qu'un parc et qui a une idée de ce qu'est un bien collectif et en plus qui parle d'entretien de biens municipaux. Un des problèmes majeurs de cette ville, c'est que, surtout dans l'est, on ne fait pas d'entretien de biens municipaux. On les laisse se détériorer au maximum pour ensuite donner des contrats de reconstruction et de "rénovation". Dans les cas des parcs, ce type de "rénovation" se fait toujours au détriment des espaces verts: on perce des voies d'accès en asphalte pour les camions des employés municipaux et on donne le plus possible de contrats de construction. Pour cela, il faut sacrifier les espaces verts, c'est-à-dire ce qu'on efface ce que dans toutes les autres villes du monde on appelle un parc. (Il y aurait gros à dire sur le fait que la Ville de Montréal confond parcs, terrains de sport, terrains de jeux et ...terrains de stationnement. Il n'y qu'à Montréal qu'on peut désigner tout cela sous le nom de parcs.)
André Sirois

Carl Bégin

Commentaire mis en ligne le 21 octobre 2009
Je tiens à préciser que les revendications de la coalition les Amis du parc Morgan est l'affaire de tous. La coalition a été co-fondée par Monique Desy-Proulx, Hélène Goulet, Dolores McDonough, Marco Burelle, Philippe Côté, Daniel Montambault et André Piché, par qui le scandale arriva... Plus de 1 000 individus et organismes ont signé la pétition des Amis du parc Morgan. Récemment, Pierre Chantelois poursuit la défense de ce parc patrimonial dévasté et abandonné grâce a une documentation photographique d'une qualité exceptionnelle.

Pierre R. Chantelois

Commentaire mis en ligne le 20 octobre 2009
Madame Aubin

Enfin voilà une entrevue avec une personne qui a une vision de la réalité du parc. Autant passée, présente que future. Il manque dans Hochelaga-Maisonneuve une relève politique de la trempe de monsieur Bégin. Merci pour cette entrevue.

Pierre R. Chantelois

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